Une société ne change pas de forme parce que la précédente était mauvaise, mais parce qu'elle a cessé de correspondre à ce que l'entreprise est devenue. Une SARL familiale qui accueille un investisseur, une société de personnes dont les associés ne veulent plus répondre des dettes sur leur patrimoine, une structure à associé unique qui s'ouvre à d'autres : dans chaque cas, le vêtement juridique serre. La transformation consiste à en changer sans interrompre l'activité, sans rompre les contrats en cours et sans créer, en principe, une société nouvelle.
C'est le premier point à comprendre, parce qu'il rassure : une transformation régulièrement décidée n'emporte pas, en principe, création d'une personne morale nouvelle. La société conserve son numéro d'immatriculation au registre du commerce, son identifiant commun de l'entreprise, son ancienneté, ses comptes bancaires, ses contrats, ses créances, ses dettes et ses contrats de travail. Ce qui change, ce sont les règles internes du jeu — et elles changent bien plus profondément que ne le laisse croire une mention nouvelle sur un extrait du registre du commerce.
Ce qui change, précisément : l'étendue de la responsabilité des associés, la nature des titres qu'ils détiennent — des parts sociales deviennent des actions, dont la circulation obéit à d'autres règles —, les organes de direction et de contrôle, l'obligation ou non de désigner un commissaire aux comptes, les majorités applicables aux décisions futures, et souvent le régime fiscal de la société comme la couverture sociale de son dirigeant. Une transformation décidée pour un motif unique produit toutes ces conséquences en bloc.
Notre travail commence donc avant la décision : vérifier que la forme visée est réellement la bonne réponse, que ses conditions d'accès sont réunies, et que rien dans les engagements existants — clause d'un crédit, d'un bail, d'un marché ou d'un agrément — ne se déclenche au seul changement de forme. Vient ensuite la réécriture complète des statuts sous la forme nouvelle, puis le passage obligé commun à toute modification statutaire : décision collective, procès-verbal, publicité et dépôt au greffe, que nous prenons en charge sans le redétailler ici.