Le capital social est le seul chiffre de la société que tout le monde lit sans jamais ouvrir ses comptes : une banque avant d'accorder une ligne, un acheteur public avant de retenir une offre, un partenaire avant de s'engager. Le modifier n'est donc jamais un simple ajustement comptable. C'est une décision qui change la photographie que la société donne d'elle-même au registre du commerce, et qui redistribue au même moment les droits de ceux qui la détiennent. Ces deux effets se préparent ensemble, jamais l'un après l'autre.
Augmenter le capital recouvre trois opérations que rien ne rapproche sinon leur résultat. L'apport en numéraire fait entrer de l'argent frais et suppose un dépôt sur un compte bloqué, libéré seulement une fois la formalité aboutie. L'apport en nature fait entrer un bien — matériel, véhicule, local, fonds de commerce — dont la valeur doit être établie avant d'être votée, faute de quoi les associés répondent de sa surévaluation. L'incorporation de réserves, elle, n'apporte rien du dehors : elle consolide en capital des fonds propres que la société détenait déjà.
Réduire le capital recouvre à l'inverse deux logiques qu'il ne faut pas confondre. La réduction motivée par des pertes assainit un bilan que les résultats ont creusé, souvent pour sortir de la situation où les capitaux propres, tombés sous la fraction du capital fixée par la loi, obligent à consulter les associés sur la poursuite de l'activité. La réduction non motivée par des pertes, elle, fait sortir de l'argent de la société au profit des associés — et c'est précisément pour cela que les créanciers disposent en principe d'un droit d'opposition avant qu'elle ne devienne définitive.
Notre travail porte sur ce qui se décide avant l'assemblée : la voie retenue, l'évaluation des apports, le calcul exact de la répartition après l'opération, le sort des comptes courants d'associés, la purge du droit d'opposition, puis le déblocage effectif des fonds auprès de la banque. Le tronc commun de toute modification statutaire — décision collective, procès-verbal, statuts refondus, publicité et dépôt au greffe — est décrit sur la page consacrée à la modification des statuts. Ce qui se joue ici est en amont, et c'est là que les opérations se ratent.